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LIGNES MELODIQUES

Vite à l'écoute de la nouvelle invention, la région stéphanoise pour un peu fit en France figure de devancière ; au point de réaliser en mars 1878 une liaison « longue distance « 

 

Afficher l'image d'origineUn certain monsieur Rousse, professeur au lycée, était à ce point à l’affût d'invention que sa demeure devint un laboratoire. N'avait-il pas tenté dès 1862, d'éclairer à l’électricité le dôme de l'Hôtel de Ville ? Prototype du fameux Tournesol, il n'était pas, lui, frappé de surdité ; sinon jamais il n'aurait fait l'essai d'un téléphone. L’expérience à domicile s'avérant concluante, il la reprit auprès de ses élèves.

Pendant que les officiers de la garnison renouvelaient leur propre tentative, des industriels se rallièrent à la découverte : des directeurs des mines en imitèrent l'usage osé  Outre-Rhin, où ingénieurs et porions correspondaient déjà couramment du jour au fond. Des patrons d'usines communiquèrent avec leurs ateliers,tels MM Giron à Saint-Étienne, Richard et Puthod à Saint-Chamond, où plusieurs fabriques et teintureries, se relieraient à leurs bureaux. Fin mars 1878, l'entreprise Grangier et Reymondon à Izieux avouait, quant à elle, que le téléphone avait déjà remplacé le télégraphe à cadran. En effet, depuis le 4 janvier, il n'avait cessé de fonctionner entre les deux ateliers distants de 3 kilomètres.

 

Pour dialogues chantés

bell_speaking_into_telephoneL'administration des télégraphes ne pouvait, en toute bienséance, ignorer le phénomène. Elle se livra à une série d'épreuves sur des distances plus importantes, du fait qu'elle détenait un réel avantage : disposer de son réseau ordinaire de fils.

Audacieuse entre toutes fut la liaison tentée entre Saint-Étienne et Annonay, que séparaient quarante kilomètres de ligne : elle eut lieu à huis clos dans les locaux de la place Marengo, au soir du 18 mars 1878. Ce fut une fois encore l'occasion de vérifier que les sons musicaux étaient, de beaucoup, les mieux perçus. Les morceaux de piston joués à Annonay furent entendus dans toute leur justesse, au figuré d'ailleurs ; car au sens propre, les heureux invités de cette grande première pataugèrent à l'envi au milieu des canards diffusés par l'instrumentiste effarouché. Une défaillance vengée du côté stéphanois par quatre voix viriles qui entonnèrent un « Frère Jacques dormez-vous ? « de leur mâle assurance. Repris par trois chanteurs du côté d'Annonay, le motif laisser bien augurer de la suite.

C'était compter sans ce phénomène connu : les sons parvenaient au récepteur affaiblis, pire encore étouffés, ce qui rendit hasardeux les messages des assistants, dont bien peu étaient, à l'autre bout, compris. D'où ce conseil donné : chantonner au téléphone plutôt que parler. Sinon il eût fallu, aurait dit Maupassant, « la voix cuivrée des crapauds « .

Saint-Etienne sous la 3IIIé République - Serge Granjon - ( du téléphone )
Tag(s) : #le roman de l'Histoire Serge Granjon

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