Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

 

Afficher l'image d'origine

Pauvre Cadichon

C’était un petit âne gris, moucheté de blanc, comme une souris sous la neige. Sa crinière était blonde, un peu folle quand il gambadait dans les prés. Ses oreilles… oh ! ses oreilles auraient bien aimé bouger toutes seules, comme celles de ses frères, quand il était content. Seulement voilà, on ne savait pas pourquoi, notre Cadichon avait une oreille cassée.

Une oreille cassée, cela veut dire qu’elle ne peut pas se redresser et frétiller. L’autre, la bonne oreille, la vraie oreille d’âne s’ennuyait, même quand elle était contente. Souvent, elle disait à sa sœur : « Si tu savais comme c’est drôle de bouger pour faire rire les petits enfants, tu ne resterais pas là, toute recroquevillée, comme si tu avais cent ans… ! »

En entendant ces reproches, l’oreille cassée se ratatinait encore plus. Si elle avait pu, elle aurait même disparu complètement, tellement elle était malheureuse.

Le petit garçon, lui, était très fier de son âne. Et cette oreille malade, il la caressait souvent, justement parce qu’elle était bien à sa hauteur. Alors, dans les yeux de Cadichon, brillait une grosse larme. Le petit garçon faisait semblant de ne pas voir cette larme et il courait avec son âne pour essayer de le consoler.

 

A l'école

Or il arriva que le petit garçon eut l’âge de l’école. Tout naturellement, il partit avec son âne, car l’école était loin. Cadichon portait le gros cartable et, au retour, l’enfant partageait avec lui son goûter.

A force d’entendre parler de tout ce qui se passait à l’école, l’âne eut envie d’en savoir davantage. Un jour, quand il vit de loin que la récréation était finie, sur la pointe de ses sabots, il s’approcha de la fenêtre de la classe. C’était le printemps et la fenêtre était grande ouverte. Il vit des enfants très sages et quelques autres qui s’amusaient à tirer les cheveux des filles. Alors notre Cadichon poussa un grand cri pour faire peur aux vilains garçons.

Les têtes se tournèrent toutes ensemble vers la fenêtre, même celle de la maîtresse. Ils étaient tous là, la bouche ouverte, à regarder l’animal avec son air sévère. Et puis tout d’un coup, un enfant s’écria :

- L’âne… il a qu'une oreille !

- Mais non ! dit celui qui était proche de la fenêtre, Regardez : son oreille...elle est repliée !

Aussitôt les enfants se précipitèrent vers la fenêtre pour voir de plus près ce phénomène étrange. La bousculade était si grande que la maîtresse se mit en colère. Quand tout le monde fut revenu à sa place, elle demanda :

- A qui appartient cet âne… ?

Le petit garçon n’avait pas osé s’approcher de la fenêtre. Il sentit qu’il allait être puni. Il se leva et grimpa sur un banc pour parler à Cadichon dans le creux de sa bonne oreille. Les enfants se mirent à rire encore une fois, mais l’âne s’en alla, tout triste.

Alors la maîtresse gronda le petit garçon :

- Si tu avais attaché ton âne, il ne serait pas venu empêcher le travail de la classe !

Et elle ouvrit le placard des punitions. Elle en sortit un grand bonnet, avec de longues oreilles pointues et bien droites, qu’elle lui mit sur la tête. Le petit garçon resta au coin avec son bonnet d’âne, jusqu’à l’heure de la sortie.

Après l’école, les autres garçons se moquèrent de lui. Ils le suivirent en criant :

- Tu aurais dû emporter le bonnet pour ton âne, comme ça, au moins, il aurait eu deux oreilles !

Ils criaient si fort que Cadichon, qui se tenait à bonne distance, entendit tout. Et pendant le trajet du retour, des larmes coulèrent sur les joues des deux amis qui en oublièrent de manger leur goûter.

 

Une solution…

Afficher l'image d'origine

Le lendemain, les vilains garnements continuèrent à se moquer de Cadichon. Le petit garçon était si triste qu’il n’entendait plus ce que disait la maîtresse. Au bout de quelques jours, il était devenu incapable de travailler et le bonnet d’âne était presque toujours sur sa tête…

Il ne voulait rien dire à Cadichon, mais Cadichon voyait bien qu’il était triste. Alors l’âne demanda :

- Est-ce que tu ne pourrais pas essayer de relever un peu mon oreille ? Elle se fatigue à rester toujours repliée…

L’enfant savait bien que ce n’était pas vrai… Il craignait même de lui faire mal en obligeant l’oreille à rester droite. Mais il finit par accepter.

Pendant des jours, l’oreille cassée fut redressée par une petite branche entortillée dans un mouchoir. Cadichon faisait semblant de ne pas avoir mal, et il disait, tout heureux :

- Encore quelques jours et mon oreille sera habituée, elle pourra se tenir droite toute seule !

Hélas ! Quand on la délivra, l’oreille retomba presque aussitôt. Et le petit garçon vit la trace du bout de bois qui avait blessé son âne. Alors il jura qu’on allait bien voir ! Puis il dit un secret dans la bonne oreille de Cadichon…

Le lendemain, il fit exprès de tirer les cheveux des filles pour se faire punir. Avec le bonnet d’âne aux longues oreilles sur sa tête, le petit garçon s’en alla au coin sans rien dire. Mais quand la maîtresse eut tourné le dos, l’enfant fit signe, par la fenêtre toujours ouverte, à son ami Cadichon. L’âne prit le bonnet entre ses dents et s’enfuit au petit trot.

 

Deux oreilles bien droites pour Cadichon

Longtemps après, la maîtresse s’aperçut que le bonnet d’âne avait disparu. On chercha partout et personne ne comprit ce qui était arrivé, sauf une fillette qui avait tout vu. A cause de ses cheveux courts que les garçons ne tiraient jamais, elle garda le silence.

Les jours suivants, les enfants virent arriver un Cadichon tout fier. Comme il avait deux oreilles bien pointues, ils n’étaient pas sûrs que ce soit lui. Mais quand il vint à la fenêtre, faire peur aux garnements qui faisaient pleurer les filles, ils le reconnurent à sa façon de braire.

Depuis qu’il a deux oreilles bien droites, personne n’ose se moquer de Cadichon, ni de son maître. Le petit garçon a bien appris à lire et il n’est plus jamais puni. Et le soir, quand ils sont loin de l’école, Cadichon enlève le bonnet pour reposer son oreille fatiguée d’être restée si droite.

Dans le village, on raconte que la maîtresse a beaucoup réfléchi depuis cette aventure. Elle a dit un jour à l’enfant, devant toute la classe :

- Je crois que tu peux maintenant rapporter le bonnet d’âne. Il ne servira plus à aucun enfant. Quant à ton Cadichon, nous savons qu’il a bon cœur. Il pourra gronder à sa manière ceux qui ne seront pas sages. Et personne ne se moquera plus jamais de son oreille.

Depuis ce jour, pendant la récréation, tous les enfants viennent bavarder avec leur ami Cadichon. Il paraît même qu’il est si heureux, que parfois, quand les petites mains le caressent, l’oreille cassée se redresse et bouge toute seule pour les faire rire…

Tag(s) : #contes et légendes

Partager cet article

Repost 0