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Un vieux coucou refait à neuf un vol buissonnier jusqu'à une île merveilleuse et voilà notre héros face à un lévrier bavard qui l'accompagne jusqu'à l'entrée d'une grotte où se trouvent sept jeunes filles....

Une jeune femme, sembla sortir de nulle part, elle était vêtue d’une robe bleu turquoise et sa chevelure brune s'échappait d'un voile assorti à sa tenue. Elle s'avança vers moi d'un pas timide, mais gracieux. Pour contenir mon émotion, je soufflais à perdre haleine dans les tuyaux de bambou de l'instrument. Arrivée à ma hauteur, elle me fit signe de taire ma complainte mélodieuse. Son visage de muse, harmonieux, simple et sans fard me souriait telle la Joconde. Une voix fluette se fit entendre, de lèvres carmines.

- Merci pour ta douce mélodie, me dit-elle, je me prénomme Prudence et mes qualités se signent des vertus de mon prénom. Suis-je le miroir de tes intentions secrètes ?

- je suis Hacène, répondis-je timidement, souvent des jours entiers, j'ai marché à tâtons, aidé d'un bâton, au cœur des nuits de ténèbres, pauvrement éclairé par les lueurs d'une lanterne verte. Et, à présent, je suis nu de vérité devant toi. A ces mots, que je proférais sans arrière-pensée aucune, elle esquissa un petit rire tout en retenue. Elle tendit ses lèvres suaves et d'un baiser chaste m'oblitéra le front. Je sentis mon cœur chaviré.

A peine remis de ce charivari intérieur, je vis Prudence s'éloigner rieuse, et disparaître en sautillant parmi les parterres de fleurs odorantes. Pour pallier le manque soudain d'une telle divine présence, je me remis machinalement, à fredonner quelques douces musiques improvisées : aussitôt, la parure végétale de la grotte se mit à frémir et une seconde jeune fille apparut, faisant une entrée mesurée dans cette clairière baignée de lumière.

Elle portait une robe d'un bleu de Prusse, parsemée çà et là de taches azurées, tout comme le voile léger qui recouvrait sa chevelure noir geai. Elle s'avança vers moi, d'un pas régulier : elle ondulait presque, ni rapide, ni lente. Face à moi, elle m'intima, en un geste doucereusement étrange, de jouer un air des plus védiques. Sans artifice je produisis un son continu qui se transforma en une litanie dévotionnelle. Satisfaite, au vu de son clignement d'œil, elle articula en un phrasé des plus graves :

- Je me prénomme Tempérance, ni chaude ni froide, baignée d'obscurité clair de lune, je préside au crépuscule et à l'aurore, ainsi que l'oiseau sur la branche salue le périple solaire et lunaire.

A ces mots, une foule d'images kaléidoscopiques baigna ma rétine et je m'entendis répondre :

- Je suis Hacéne, fils du jour et de la nuit, je rythme mon pas sur la mesure du temps, dur ou tendre, je réitère mon avancée invariable, d'une même enjambée que le nain de Vishnou. A chaque syllabe, j'avançais d'un pas mesuré au sien, sur 360°, pour circonscrire au sein de ma chaste vision, la totalité circulaire de la belle. Elle accompagna ma ronde, par le toucher tendre de son voile finement brodé. Elle n'eut pas à sourire, car tout son visage n'était que sourire et tristesse étrangement mêlés. De retour à mon point initial, elle apposa ses longues mains tièdes et soyeuses sur ma poitrine qui en garda à jamais la prégnance invisible. D'un pas mesuré, fait d'avancées et de reculs, elle esquissa une danse parfaite, pour ne laisser trace sur ma cornée que de son souvenir chaudement froid et vice et versa…Et Tempérance s'en alla.

Machinalement, je reprenais l'usage de mon instrument dionysiaque. Sans aucune sommation, la fine protection végétale de l'antre mystérieuse se souleva violemment. Une jeune femme tout d'orange soleil vêtue, en sortit d'un bond, pour se positionner tout à côté de moi.

Son regard de braise, sa chevelure sauvage d'une rousseur volcanique jurait avec la teinte jaune cadmium de son voile. Son visage et toute sa stature exprimaient la force sauvage de cette contrée inconnue.

Impressionné, je reculai et me tins à bonne distance de son aura empreinte de force tranquille.

- N'aie crainte, jouvenceau, je ne suis point ogresse, simplement fille du soleil, ma présence lumineuse reflète l'influence de mon père, je me prénomme Énergie.

Rassuré et vivifié par ces mots, je répondis hardiment :

- Je suis Hacène, synthèse de tous les contraires et je me nourris du feu ancestral, même au cœur des ténèbres, je me consume de tous mes sens pour savourer l'élixir de la fécondité de la pleine vie retrouvée.

Ce à quoi elle répliqua :

- Courageux petit frère des étoiles, reçois de ma part le peu de luminosité qu'il te manque pour que tes ténèbres deviennent clarté. Elle frotta sa luminosité sur mon plexus solaire et tout sentiment de lassitude, de doute, fut à jamais oublié. Du même bond qu'elle était venue à moi, elle s'échappa par la trouée du feuillage pour se confondre avec la lumière du ciel.

Ma vivacité ainsi exacerbée me fit entonner un air wagnérien.

A suivre jeudi prochain...

Tag(s) : #Contes et légendes

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