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Il était une bergère...

Il était une bergère qui gardait ses moutons. Elle avait aussi une jolie chèvre rousse à barbiche noire qu’elle aimait beaucoup.

Quand il faisait très froid, la petite bergère qui n’avait pas tout à fait sept ans se tenait au milieu des moutons pour s’abriter du vent. Et eux la réchauffaient tant qu’ils pouvaient avec leur laine.

Un jour, la chèvre rousse lui dit dans son langage :

- Petite bergère, pourquoi ne vas-tu jamais à l’école comme les enfants de ton âge ? Quand il fait si froid, les moutons peuvent bien rester tout seuls à la bergerie. D’ailleurs, je suis là pour les surveiller !

- C’est que l’école est loin ! dit la fillette. Et puis je n’ai pas de manteau et j’aurais aussi bien froid aux pieds dans mes galoches !

 

La chèvre rousse a une idée

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Le soir, quand la bergère fut endormie auprès de ses moutons, la jolie chèvre rousse alla sur la pointe de ses sabots réveiller la maman brebis. A voix basse, la chèvre rousse et la brebis parlèrent longtemps de cette affaire.

Le lendemain, quand la fillette se réveilla, elle entendit des chuchotements autour d’elle.

- Non… ce sera moi ! disait un jeune agneau.

- Voyons, tu n’y penses pas, regarde-toi ! disait son frère. On voit encore le jour à travers ta laine !

Finalement, ils arrivèrent tous à se mettre d’accord. Aussi, quand la petite bergère fut debout, sa chèvre rousse s’approcha et lui dit en agitant sa barbiche noire :

- Jolie bergère… nous avons tenu un grand conseil cette nuit. Et voilà ce que nous avons décidé. Mais d'abord, va chercher toutes les aiguilles à tricoter que tu trouveras.

 

En tricotant...

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Depuis la mort de la grand-mère, les aiguilles à tricoter s’ennuyaient dans un tiroir. Aussi furent-elles tout heureuses d’apprendre qu’elles allaient de nouveau se rendre utiles.

- Voilà ! dit la jeune bergère à ses amis. J’ai apporté aussi les aiguilles à chaussettes, vous savez, celles qui n’ont pas de boule au bout.

Alors la brebis-chef du petit troupeau s’approcha et lui dit :

- Tire un peu la laine, là, sur mon épaule. Regarde, avec mes dents, j'ai déjà défait un petit bout.

- Mais tu auras froid ! dit aussitôt l’enfant.

- Mais non ! Je suis bien plus habillée que toi… Va, n'aie pas peur, tire !

La bergère tira sur le bout de laine. La laine se défit si facilement qu’il y eut bientôt de quoi tricoter quelques rangées de mailles.

Elle croyait tricoter tout droit, la petite bergère. Elle allait se faire une écharpe qui lui tiendrait bien chaud. Mais les aiguilles s’étaient reposées si longtemps dans leur tiroir qu’elles se mirent à travailler très vite. Et, en tricotant, elles se dirent entre elles :

- Nous allons lui faire une surprise...

Au bout d’un petit moment, un mouton très gentil s’approcha et dit :

- C'est mon tour. Viens, prends un peu de ma laine.

Les autres moutons et les autres brebis voulurent offrir aussi leur laine. Et les aiguilles n’arrivaient plus à travailler assez vite.

Quand tous les moutons dorés eurent donné un peu de leur laine, il ne resta plus que la belle brebis noire avec un corsage blanc. Elle dit à la petite fille :

- Moi je t'offre ton bonnet et tes gants !

Le soir, la bergère était si fatiguée d’avoir tant tricoté, qu’elle s’endormit sans même s’en apercevoir.

 

En route pour l'école !

William Bouguereau (1825-1905)  Petite Bergere [Little Shepherdess]  Oil on canvas, 1891  61 1/8 x 34 inches (155.5 x 86.5 cm)  Private collection

De bonne heure le lendemain, la chèvre rousse vint lui chatouiller le bout du nez avec sa barbiche noire. Elle lui dit :

- Dépêche-toi, petite bergère… Il est l'heure de partir pour l'école !

En grande hâte, elle l’aida à s’habiller dans le noir. La chèvre rousse voulut absolument accompagner son amie jusqu’à l’école.

- C’est loin, tu sais, dit-elle. Mais je connais le chemin. Et si nous arrivons assez tôt, tu pourras boire un peu de mon lait avant d’entrer en classe.

Quand les enfants et le maître virent arriver la bergère avec sa chèvre, personne ne put dire laquelle était la plus jolie.

La petite bergère portait des vêtements de laine dorée. Elle avait aussi des gants noirs et un joli bonnet noir tacheté de blanc avec un gros pompon. Le pompon, la chèvre l’avait ajouté juste au moment de partir. Pour cela, elle avait tiré un peu de son poil roux sous sa barbichette, là où cela ne se verrait pas trop.

Tous les matins, la chèvre rousse accompagnait sa petite bergère. Et tous les soirs, en chemin, elle lui faisait réciter les conjugaisons et les tables de multiplication.

 

La chèvre savante

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Un jour où il y avait de la neige, la chèvre s’enrhuma en l’attendant jusqu’au soir dans la cour. Elle avait eu si froid qu’elle n’arrivait même plus à réchauffer son lait.

Malgré ses lunettes et son air sévère, le maître était un brave homme. Aussi, le lendemain, il dit à la petite bergère :

- Fais entrer ta chèvre rousse dans la classe. Elle a trop froid aux pieds, toute la journée dans la cour !

Dans la classe, à force d’entendre les leçons du maître, la petite chèvre devint de plus en plus savante. Un soir, elle dit à sa bergère :

- Prête-moi ton livre. Moi aussi j'aimerais savoir lire de belles histoires !

Et la chèvre regarda le livre toutes les nuits, à la lumière de la lune. Les histoires étaient si jolies qu’elle les répétait à haute voix sans s’en apercevoir.

Le troupeau qui dormait toute la journée depuis qu’il y avait de la neige fut bien heureux d’écouter les histoires de la chèvre. Les agneaux lui posaient des questions :

- Tu dis que dans ce pays les loups ne mangent jamais les chèvres… Est-ce qu'ils mangent quand même les moutons… ?

- Mais non, disait la chèvre rousse. Depuis que les fées les ont caressés, ils sont devenus gentils avec tout le monde…

Alors les agneaux se rendormaient. Ils étaient tous heureux. La bergère parce qu’elle n’avait plus froid et qu’elle pouvait aller à l’école. La chèvre parce qu’elle savait lire. Et les agneaux parce qu’ils n’avaient plus peur du loup.

Quand le printemps revint, le maître dit aux enfants :

- Vous avez bien travaillé. Et vous avez tous appris à lire. Même la jolie chèvre rousse de la petite bergère est devenue un peu savante… Hier, je l'ai surprise en train de vous souffler les tables de multiplication !

Tous les enfants se mirent à rire. La petite chèvre crut qu’elle était punie. Elle se leva pour sortir de la classe.

- Petite chèvre rousse… ne t’en va pas ! dit alors le maître. Les enfants ont encore besoin de toi…

Depuis ce jour, on raconte que la jolie chèvre rousse reste assise à côté du maître. Il paraît qu’elle a l’air très sérieux. De temps en temps, quand les enfants sont sages, elle agite sa barbiche noire. Alors tous se mettent à rire parce que, sous la barbiche, il manque une touffe de poils roux.

Et puis bien vite ils regardent le joli bonnet noir et blanc de la bergère avec un gros pompon roux. Et les filles se disent entre elles :

- Je voudrais bien que ma chèvre à moi, au lieu de courir toujours les chemins comme une gourmande qu'elle est, me fasse un aussi joli bonnet...

Et les garçons affirment très fort :

- Ma chèvre à moi, je lui apprends à lire et à compter tous les soirs. Bientôt c'est elle qui fera la classe !

La petite bergère et sa chèvre - Y. Moyne
Tag(s) : #contes et légendes

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