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Libre chanteur : c'est ainsi qu'il se définit dans « La muse du temps passé » : à propos d'un de ses amours d'enfance, une fillette à laquelle il ne s'est jamais déclaré, et il s'en félicite parce qu'elle a fini par épouser

« Un gros mari plein de haine

Pour tous les poètes et les libres chanteurs ».

Libertaire breton : les deux ne sont pas incompatibles. Breton de cœur mais pas de naissance puisqu'il a vu le jour dans la capitale en 1947. Sa mère était Sénane (île de Sein) et son père Picard. S'il a grandi à Saint-Denis, il a beaucoup séjourné sur son île « maternelle » et manifeste un attachement indéfectible à l'égard de ce petit bout de terre (58 hectares, 203 habitants en 2012) à la merci des tempêtes, situé à quelques encablures de la Pointe du Raz.

Il y a plusieurs chansons 100% bretonnes : « Héritage sénan » :

« Ici par grand soleil aux langueurs des étés

Peu de plages où l'on vient se dorer »

 « Exil » :

« En quittant mon rocher/Mon île désertée

Je me sens déraciné

Et mes feuilles se fanent

L'automne me condamne

En restant loin de mon pays »

et surtout « Marie-Jeanne Gabrielle «, la plus connue, avec une mélodie magnifique qui ne vous quitte plus dès que vous l'avez entendue :

«Ton pays s'est endormi

Sur de belles légendes

Illuminant son histoire

Gravées dans la mémoire

Des femmes qui attendent

Les marins

D'île de Sein ».

Libertaire breton, avons-nous dit. Anarchiste, anticalotin, bien sûr, ce qui ne l'empêche pas d'évoquer «

Le Cantique à sainte-Marie

Qu'on ne chante qu'ici »,

car il s'agit de sa culture, de son folklore (au sens le plus noble du terme) et il se refuse à condamner cette pratique au nom de quelque idéologie que ce soit. 

Avec « Au large du Gueveur », apparaît un autre élément : la protestation, le coup de gueule : contre les marées noires :

« Et quand le vent ramène

Son plein de kérosène

C'est colère et chagrin

Dans le cœur des anciens ».

Les textes engagés sont légion : « Ils viendront vous botter les fesses « , avec, cette fois, un rejet des bondieuseries :

« Ils viendront vous botter les fesses

Quand ils seront forts et grands

Détachés de vos lois de vos messes

Plus rien ne sera comme avant ».

Mais en fait, il n'y a presque pas de professions de non-foi. Ses appels à la révolte sont plutôt de nature sociale :

« On lui doit la misère au pays

La famine et les guerres aussi

Comme le diable il s'amuse

Usant de toutes les ruses

Il fait de vous un commis

Qui flatte ses folies

 (« Le roi fou » ).

 

« Il y a des prisons qui taisent leur nom

Des murs qui se dressent comme des forteresses

Contre les manants qui sortent du rang

Et les inconnus qui viennent de la rue »

(« Les forteresses »).

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Ses coups de gueule sont toujours tempérés par des images poétiques. Il ne s'agit en aucune façon de slogans. Son lexique est d'une incomparable richesse. Ce monsieur sait écrire. Il doit beaucoup à Léo Ferré, qui lui a donné le déclic à 16 ans et auquel il consacre une chanson («Merci Léo ») et dont il interprète, sur un disque de reprises, « Ça t'va » et le poème d'Aragon « Il n'aurait fallu ». Nous en reparlerons. Les images, loin d'affaiblir le message, le renforcent :

« Je savais que l'été changerait ma prison

En un rêve léger dansant sur mes chansons

Le cœur émerveillé dans la lumière du matin …

Monsieur le Directeur il ne faut plus m'attendre

Sans votre permission je ne suis pas à vendre «

(« Monsieur le Directeur »).

En tant qu'anar, il préconise la solution individuelle mais pas seulement : dans la même chanson on trouve :

« Vos rêves orgueilleux ont eu raison du bonheur

Il sera bientôt l'heure des rancunes

Du partage meilleur

De notre fortune ».

Il s'efforce d'être plutôt optimiste mais il sait demeurer lucide et quelque peu inquiet :

« On voit couler dans les rues de la ville

Un pays somnambule

Comme un troupeau de moutons imbéciles

La foule déambule …

 

Où sont passées les colères d'antan

Qui nous faisaient du bien

On bat des mains et des pieds maintenant

Mais on ne dit plus rien

Il n'y a plus de chansons dans les bourgs

Rien que des bateleurs

On a laissé la révolte et l'amour

Aux portes de son cœur »

(« L'an mil »).

Plus de chansons  ? Si, les siennes et celles de nombreux autres mais que l'on n'entend guère sur les ondes (et même de moins en moins avec la disparition de l'émission de Philippe Meyer). Dans « Dernier cri », il dénonce cette trahison des médias qui décident pour le public (et pour qui, comme l'écrivit Laure Cousin, la veuve de Jehan Jonas, le contenant prime sur le contenu) :

« La belle écriture semble condamnée

Au profit de lois obscures

D'intérêts financiers

Notre beau langage

Déjà moribond

Se préserve du naufrage

En comptant ses chansons ».   

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Le titre est à double sens : celui de dernière mode et aussi celui d'ultime protestation. Je le répète , il est loin d'être le dernier dinosaure de la chanson rive gauche, de celle que le regretté Gérard Gorsse, sur le site « Chanson rebelle » (qui, soit dit en passant, existe toujours sur Internet) la chanson d'expression. Notons qu'il a eu les honneurs de Télérama mais c'était il y a longtemps, bien avant Valérie Lehoux.

La lutte, certes, mais de préférence pacifique et c'est là qu'il faut absolument préserver la vraie chanson : dans « Les guerriers d'un nouvel âge » :

« Les amis que je préfère

Ne sont armés que de mots

Jamais on ne les fait taire

Ni jamais courber le dos

Ils ont pour noble insolence

Des rêves d'insoumission

Et pour ultime violence

Les vers libres de leurs chansons ».

On retombe un peu dans ce qui était le propos de mon précédent coup de cœur sur le livre de Bernard Lonjon : c'était mieux avant. Je me suis expliqué là-dessus. Le progrès ? Un univers où tout le monde court vers on ne sait trop quoi, à grand renfort d'inventions technologiques qui sont souvent, non seulement inutiles mais également néfastes pour la planète.

Une petite parenthèse à ce sujet : dans « Le Canard » du 27 juillet, il y a ce tweet d'Isabelle Balkany à propos de la dernière trouvaille de nos empêcheurs de penser en rond : »Quelqu'un explique aux vieilles dames, pour leurs petits-enfants, ce qu'est le Pokemon Go ? ». Réponse d'un internaute : « C'est comme pour ton fric, il est planqué et tout le monde essaie de le retrouver ».

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On aurait tendance à oublier que les chanteurs rive gauche avaient de la voix. Celle de Louis Capart est une des plus chaudes que j'aie jamais entendues. Un timbre qui semble venir d'on ne sait quelles profondeurs. Mélodiste tout aussi remarquable  (j'y ai fait allusion à propos de « Marie-Jeanne-Gabrielle »), il a aussi enregistré un album où il n'est qu'interprète ( si l'on fait exception de la chanson ci-dessus mentionnée, qu'il reprend ). Il s'intitule « Rives gauches de Bretagne et d'ailleurs ». On y trouve outre Ferré, Tri Yann, François Budet, Gilles Servat, mais aussi Michèle Bernard, Félix Leclerc... J'ai particulièrement apprécié son interprétation de « Saturne » ( je ne vous ferai pas l'injure de vous indiquer le nom de l'auteur-compositeur ).

Un texte m'a intrigué. Il s'intitule en toute simplicité « Berlin » : Louis Capart y jette un pont entre la capitale d'outre-Rhin et l'île de Sein : 

« C'est comme un livre d'histoire dont les pages jaunies

Raconteraient les naufrages aux enfants d'aujourd'hui

On y voit le siècle entier se cacher dans l'écrin

De ce diamant condamné au passé clandestin ».

Il semble avoir des accointances avec le pays teuton. Il s'y produit régulièrement et il interprète même deux refrains dans la langue d'Angela Merkel.  

Je conclurai avec deux mots qui, en plus de la liberté, caractérisent tout à fait l'univers du chanteur : générosité et humanité. Liberté, générosité, humanité : une belle devise, non ? 

Il y a encore une foultitude d'autres trésors blottis au coin de ses vers ( sur l'amitié, la fuite du temps …). Je vous les laisse découvrir par vous-mêmes.

Vous trouverez toutes les informations sur le site de Louis Capart. Ajoutons qu'il prépare un nouvel album.

Tag(s) : #Les coups de coeur de pierre thevenin

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