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Il y avait au début du XXème siècle un grand hôtel de luxe, un palace situé dans le Pilat au lieu dit « La Chaux de l'Egallet », « chaux « signifiant dans le langage local »crêt dénudé. ». Commencé en 1896, il était destiné à rivaliser avec le célèbre établissement de Righi en Suisse.

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A la belle époque, l'expansion économique fit la fortune de grandes familles industrielles, dans le tissage, la filature, la teinturerie, la passementerie, l'armement, la mine, la mécanique la sidérurgie, de notre région : Loire -Rhône. C'était aussi l'époque où la tuberculose gagnait du terrain et touchait de nombreuses personnes de tous les milieux. Ainsi de grands hôtels thermaux sortirent de terre et les cures et les bains de mer devinrent à la mode. Le grand air , les montagnes et les sports d'hiver étaient en plein développement, et des « hôtels sanatorium « sortirent de terre comme pour répondre à la demande du moment. Ces établissements à la mode attiraient une clientèle dorée, exigeante, qui venait en ces lieux se revivifier, se reposer, mais aussi se distraire entre gens de qualité.

Ainsi un homme d'affaires et un médecin lyonnais eurent l'idée de créer un « sanatorium » où malades et touristes se retrouveraient dans un lieu champêtre et calme. Le Pilat leur parut le site idéal. C’est sur la « Chaux d'Egalette » à 1260 mètres, que vit le jour le Grand Hôtel Sanatorium du Mont Pilat, devenu peu après : « Hôtel Climatique ».

On construisit donc ce bâtiment exceptionnel, haut de trois étages, se terminant par un toit pointu. Il avait une première utilité sanitaire : sanatorium, puis, très vite, il devint l’hôtel à la mode où la « jet-set » de l'époque et de la région lyonnaise et européenne aimait s'y retrouver.

Cet établissement majestueux avait des chambres aussi luxueuses les unes que les autres avec des suites concurrençant les plus beaux palaces. Il était équipé d'eau courante, d'électricité, de chauffage central, de téléphone, de sanitaires, de salles de bain modernes, de baignoires , de toilettes. En 1903 une seconde aile aussi grande que la première fut construite portant la capacité de l’hôtel à 120 lits. Il faut dire que le Pilat était un lieu de villégiature très prisé par les riches Stéphanois et les riches Lyonnais qui désiraient pratiquer " les sports d'hiver " ou « prendre l'air » pur et vivifiant de nos montagnes. L'été, quand la chaleur accablait les cités lyonnaises et stéphanoises, ils goûtaient à la fraîcheur du Pilat . Les moyens de transport étaient ce qu'ils étaient à cette époque et le massif des Alpes était trop éloigné, et dès lors, notre région bénéficia d'une proximité géographique qui lui permit de développer son tourisme d'hiver et d'été ainsi que son économie touristique avec la création de stations de sport mécanique à la Jasserie, à Graix et au Bessat...

Notre hôtel possédait une immense esplanade où aimait se faire photographier la clientèle aisée et sportive. D’ailleurs il possédait une chambre noire pour les photographes professionnels et amateurs, car, à cette époque, la photographie était un loisir très en vogue. La belle salle à manger, décorée avec charme rassemblait les convives pour des repas raffinés et gastronomiques. De belles cheminées ornaient les pièces des restaurants et des salon de réception. Un grand escalier monumental, menait aux chambres.

Le Grand Hôtel : un terrain de tennis, des billards, des salles de jeux, une salle de concert et de bal, des salons privés, une salle de cinéma et de conférence, un garage, et même une chapelle...Tous les jours il y avait une animation différente. Les bals y étaient fréquents, mais aussi la projection de films car le cinéma, qui faisait ses premiers pas, était très aprécié. Les distractions de pleine nature attiraient les apprentis alpinistes et les amoureux de la nature. L'été, au programme, c'était escalades, randonnées, sentiers pour les herboristes. L'hiver, ski de descente, glissade, patinage, prenaient le relais.

A côté de l’hôtel se trouvait une ferme qui fournissait lait, pain et diverses victuailles aux cuisines pour la clientèle exigeante.  Sur les tables on servait de nombreux produits du terroir : le saucisson et le jambon de la ferme, les rigottes de vaches et de chèvres, les airelles et les mûres de l'Oeillon de la Perdrix ...Quant au vin, on buvait celui des côtes du Rhône.

Pour se rendre à l’Hôtel du Mont Pilat on pouvait soit  venir en train :

- de Lyon en prenant le train qui s’arrêtait à la gare de Chavanay, puis en voiture à cheval il fallait compter trois heures à travers bois 

- de Saint-Etienne jusqu'à Pélussin avec le « Tacot » ou la Galoche » le petit train du Pilat

soit en automobile en parcourant les routes du Pilat ou encore en voitures à chevaux.

Le restaurant de la Croix du Collet au début du XXème siècle était un lieu fort fréquenté par les calèches et autres équipages qui se rendaient au Grand hôtel du Mont Pilat. Aujourd'hui, ce restaurant attire toujours des visiteurs venus marcher, pique-niquer, déjeuner, se promener car c'est le carrefour des routes menant au Crêt de l'Oeillon, à Pélussin, à Maclas, à Malleval, au Bessat, à Doizieu et à la Terrasse sur Dorlay : c'est le carrefour du Pilat !

Mais revenons à notre Hôtel climatique. La clientèle était composée de riches industriels et des membres des cours royales d'Europe. En 1904 « l’Hôtel sanatorium » devint " l’Hôtel climatique ».

Mais la guerre de 1914-18 sonnera le glas de l’hôtel. En 1920 il fut repris par un Stéphanois directeur de transports. Il eut une éphémère résurrection en ces années-là mais cela ne dura pas. En 1930 son propriétaire décida de s'en séparer. Il essaya de le vendre, sans succès, et le ferma définitivement avant l'été 1931.  Le 16 novembre de la même année, dans la nuit, à quatre heures du matin un mystérieux incendie ravagea le bâtiment dont il ne resta que des ruines rasées par sécurité en 1999.

Le 17 novembre 1931, Le Moniteur de Vienne » écrivait : « L’hôtel était fermé. Trop luxueux ! Il n'avait pas trouvé d’acquéreur l' été dernier. On voyait son brasier depuis Vienne. L'incendie énorme était visible de toute la vallée du Rhône. Il embrasa les pentes de l'Oeillon. »

Ainsi cet hôtel était né avec le XXème et disparaîtra avec lui.

Les causes de l'incendie restent à ce jour mystérieuses ou secrètes dirons-nous. Les versions les plus extravagantes virent le jour, n'oublions pas que le Pilat se situe dans un site imprégné d'histoire et de mystère. Les forces telluriques des eaux et du ciel se combinant, en ces lieux particuliers, l'imaginaire peut prendre le pas sur le réel. D'autant plus que les pierres nombreuses et messagères du Pilat, ont des pouvoirs que l'homme a toujours reconnus et dont il s'est toujours méfié. Des légendes multiples parlent de sites sacrés, de l'Olympe perdue des Gaulois. Alors rien d'étonnant que des faits irrationnels et étranges s'y soient déroulés .

Pour être plus pragmatique, nos soupçons pourraient nous conduire droit au propriétaire. Celui-ci aurait eu intérêt à se débarrasser d'un bien qui l'encombrait, qu'il n'arrivait pas à vendre et qui lui coûtait cher, fermé comme ouvert ! Et si l'homme avait été victime du « jeudi noir « : du krach boursier et devait trouver très vite de l'argent frais ? Rien n'accusa le propriétaire. Aucune preuve pouvant accréditer cette hypothèse ! Les assurances durent bien faire leur travail et la piste du propriétaire incendiaire fut écartée.

Alors comment le feu a t -il pris dans un bâtiment inoccupé ? C'est qu' il ne devait pas l'être...inoccupé ! ? Qui l'occupait alors ? Des « squatters ! « dirions nous aujourd'hui. Quelques clochards, des sans abris ayant trouvé refuge pour l'hiver dans ce luxueux hôtel ? A moins que ce ne soient quelques fuyards, recherchés ou encore quelques jeunes de cette bourgeoisie dorée venus en ces lieux passer quelques soirées très spéciales ? Cet hôtel n'était plus entretenu. Ses cheminées étaient encrassées et voulant faire du feu nos « mystérieux occupants » ont dû mettre le feu malencontreusement ! A moins qu’il ne s'agisse d'une vengeance ! Quelqu'un qui aurait fait disparaître ce monument après y avoir séjourné, après y avoir souffert ? Personnel ? Artistes ? Malades ? Clients ? Médecins ? A ce jour ,aucune une certitude : le feu était-il d'origine criminelle, ou accidentelle ? Le mystère reste entier . Comment le feu a t -il pu se propager si vite ? Pourquoi ? Le mystère, 85 ans après ,reste entier.

Voilà de quoi écrire de belles histoires sur la fin mystérieuse du grand palace du Mont Pilat. Amis, à vos plumes !  Mais avant, rendez -vous sur les lieux, au lieu dit : » la Chaux d'Egalette à 1260 mètres, » non loin du Crêt de l'Oeillon ? Inspirez -vous du paysage. Vous ne trouverez plus aucune ruine, aucun vestige, aucune poterie ou reste de vaisselle ! Une plaque uniquement évoque ce grand hôtel ! Mais fermez les yeux un instant ! Imaginez ce géant de pierres, ce titanesque palace caché par les sapins. Ses salles à manger remarquablement décorées où les dîners raffinés étaient servis dans la délicate porcelaine. Imaginez le hall d'entrée illuminé de dizaines de lustres de cristal et un escalier monumental digne d'un paquebot, grimpant aux étages grandioses. Imaginez- vous accoudé au bar de marbre, un verre de champagne à la main et discutant avec la fine société de l'époque en tenue de soirée ! Amis, vous êtes dans l’hôtel du Mont Pilat !

Amis voyageurs, il ne reste rien du grand hôtel, seulement une plaque et de magnifiques photos que nous vous invitons à découvrir, ce monde perdu fastueux de la belle époque ! Les dernières années d'une aristocratie arrogante et d'une bourgeoisie opulente entourées d'une horde de domestiques !

Quelle étrangeté de destin entre cet hôtel grandiose titanesque qui naquit avec le siècle et le fabuleux paquebot de croisière le Titanic. Le Titanic sombra dans les eaux sombres et glacées de l'Altantique Nord tandis  que le palace du Pilat, lui, succombait aux flammes quelques années plus tard ! Quelles furent les dernières heures du Grand hôtel du Pilat ? Quel secret garda-t- il en ses ruines et en ses pierres ?

Ah si les pierres pouvaient parler !

Nous vous proposerons bientôt une « version » romancée de l'histoire du Grand Hôtel du Pilat et sa fin tragique avec « Coralie et le prince ».

Histoire du grand palace du Mont Pilat : " L'hôtel brûlé du Pilat " - Carmen Montet
Histoire du grand palace du Mont Pilat : " L'hôtel brûlé du Pilat " - Carmen Montet
Histoire du grand palace du Mont Pilat : " L'hôtel brûlé du Pilat " - Carmen Montet
Histoire du grand palace du Mont Pilat : " L'hôtel brûlé du Pilat " - Carmen Montet
Histoire du grand palace du Mont Pilat : " L'hôtel brûlé du Pilat " - Carmen Montet
Tag(s) : #contes et légendes

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