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Il était une fois une vieille femme, toujours de noir vêtue, qui vivait si pauvrement que tout le monde l’appelait « la Mère Misère ». Elle habitait dans une maisonnette à moitié en ruine, et n’avait pour tout bien qu’un petit banc de bois, quelques planches pour dormir dans un coin et une petite marmite cabossée, elle aussi noircie par les ans. Mais cette marmite allait rarement au feu car la Mère Misère n’avait guère de quoi se nourrir.

Cependant, à côté de sa masure, se trouvait un abricotier. Cet arbre lui donnait de beaux fruits, dorés et succulents et, en retour, elle lui accordait ses soins attentionnés, lui apportant chaque jour un peu d’eau à son pied, au moment où il fallait.

La Mère Misère restait digne et ne se plaignait jamais, sauf d’une chose : des galopins des environs venaient souvent piller son abricotier, s’installant sur ses branches pour déguster plus à leur aise les fruits de l’arbre. Vieille comme elle l’était, et de peu de forces, elle ne pouvait se défaire de ces garnements qui ricanaient quand elle les menaçait.

Un soir, un homme s’arrêta devant sa porte. Fatigué par une longue journée de marche, il demanda à la Mère Misère de lui accorder l’hospitalité pour la nuit. Elle accepta de bon cœur, et lui fit partager son très frugal dîner. Le lendemain matin, au moment du départ, le voyageur lui dit :

-  Mère Misère, tu m’as accueilli généreusement et je veux t’en remercier. Sache que j’ai le pouvoir d’exaucer des vœux. Fais donc un vœu, mais un seul, et il sera exaucé.  

La Mère Misère répondit :

- Eh bien, je souhaite qu’à partir de maintenant, quiconque grimpera dans mon abricotier y restera collé et n’en pourra plus redescendre sans mon autorisation.

- Il en sera ainsi, Mère Misère. Adieu ! dit le voyageur en s'en allant. Et il s’évanouit à ses yeux.  

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A peu de temps de là, la bande des galopins s’en revint et, selon leur habitude, ils grimpèrent sur l’arbre pour profiter de ses fruits. Mais, lorsqu’ils voulurent en redescendre, impossible. Ils se trouvaient collés aux branches sans pouvoir s’en détacher. Ils eurent beau crier, appeler la Mère Misère à leur secours, rien n’y fit. Elle demeura inflexible. Alors, les parents vinrent la supplier à leur tour de libérer leurs enfants. La Mère Misère le leur refusa tout net. Et les garçons restèrent ainsi prisonniers dans l’arbre, pendant plusieurs jours.

Lorsque la Mère Misère eut estimé que la punition avait assez marqué leurs esprits, elle prononça les mots qui les autorisaient à quitter l’abricotier mais non sans avoir reçu la promesse solennelle de leur part qu’ils ne recommenceraient plus à piller son arbre.

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Un jour, la Mort s’en vint. Elle aborda la Mère Misère et elle lui dit :

- Mère Misère, ton tour est venu de me suivre. Prépare-toi à faire le grand voyage.

La vieille s’attendait à cette arrivée et répondit à la Mort :

-  Mort, je vais m’apprêter, accorde moi juste le temps qu’il faut ; je n’en aurai pas pour longtemps, puis j’irai avec toi. Pendant ce temps, si tu veux, monte dans l’abricotier et goûte quelques-uns de ses fruits.

La Mort fit comme la Mère Misère le lui avait proposé. Mais lorsqu’elle essaya de descendre de l’arbre, impossible, elle resta collée à ses branches. Elle demanda à la Mère Misère de la faire sortir de là, mais elle s’y refusa.

La Mort eut beau se démener et tempêter, et menacer, et supplier, rien n’y fit. La Mère Misère ne la libéra point. Alors, la Mort demeura dans l’arbre longtemps, très longtemps. Les jours, et les mois, et les années passèrent. La Mort était toujours captive dans l’abricotier de la Mère Misère. De la sorte, plus aucun être vivant ne mourrait : il ne trépassait plus ni un humain, ni un âne, ni un moineau, ni même une mouche. Rien. La Terre se peuplait de plus en plus d’êtres accablés de vieillesse et de maladies, de gens désespérés et aussi d’animaux nuisibles de toutes espèces, insectes et autres…

Alors, la Mère Misère dit un jour à la Mort :

- Mort, je consens à te permettre de sortir de l’arbre mais à une condition.

- J’accepte d’avance ta condition, Mère Misère, dis-moi cette condition.

- Ma condition est que tu ne te saisisses jamais de moi. Que tu me laisses aller mon existence sans t’en mêler. Promets-tu ?

- Je te le promets, Mère Misère.

La Mère Misère prononça alors les mots qui délivraient la Mort. Et la Mort s’en retourna dans le monde. Depuis ce temps-là, effectivement, la Mort a tenu sa promesse et Mère Misère continue d’être de ce monde.

( retranscrit par Bernard Zimmerman )

 La “ mère Misère ” D’après un conte espagnol
Tag(s) : #contes et légendes

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