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CHOCO-REVE

L'honnêteté  serait-elle reléguée au musée des vertus ? Avant même que le trafic des décorations, puis le scandale de Panama empoisonnent la scène politique, le commerce des denrées frelatées risquait d'empoisonner...tout court dans les années 1880.

La presse s'insurgeait, parlait d'une " époque de truquage ", s'en prenait aux denrées alimentaires artificielles : lait composé à l'aide de farine, d'amidon, de dextrine, beurre à l'acétate de plomb, sel remplacé par le sablon et l'alun.

La liste de ces gâteries, loin d'être limitative, concernait à présent une fabrication restée insoupçonnable, pur joyau de la confiserie locale, dont la seule évocation suffisait à mettre en émoi les papilles.  A son tour le chocolat, jusqu'alors remplacé, s'était trouvé un succédané. Si le péril se précisait, la réputation, devenue nationale, du produit stéphanois en prenant un rude coup.

 

TRADITION ET CONTREFACON

Afficher l'image d'origineDepuis la fin du XVIIe siècle où Escoffier, le premier, s'était monté à la Fouillouse, une dizaine de marques se partageait une large clientèle, dont le succès parfois dépassait les frontières : Gerbaud se rendait même célèbre à Budapest. A la même époque Pupier s'inspira de Sébastopol. Mais il n'en moulerait pas le bronze ainsi qu'au Puy. Il se contenterait du beurre de cacao ; cependant hérissé d'aspérités : en somme ce qu'il restait de la tour de Malakoff. Jamais victoire ne serait aussi longtemps dégustée.

Afficher l'image d'origineRien à voir avec l'éphémère succès des tablettes vendues sur la place des Ursules. C'était vers la fin de l'année 1886. L'approche de Noël et du jour de l'An provoquaient à leur égard un regain d'intérêt, d'autant que le prix, bien mieux que l'aspect terreux, les rendait alléchantes. Les ménagères se pressèrent en foule autour des échoppes qui les proposaient au prix stupéfiant de 0,40F la livre.

La police, intriguée, confia au laboratoire municipal quelques échantillons de ce chocolat ou plutôt pseudo-chocolat.  A défaut de sucre et de cacao, il offrait en abondance une mixture que n'aurait pas désapprouvée la sorcellerie la plus alambiquée : une subtile combinaison de fécule de pomme de terre et de châtaignes torréfiées , additionnée d'une estimable quantité de suif de bœuf et de veau. l'odeur seule était sauve, avec quelques gouttes d'une liqueur extraite des détritus de cacao, que les grandes usines jetaient aux immondices.

L'opinion réclamait pour les falsificateurs des sanctions exemplaires, au même titre que pour ceux qui vendaient des vins fuscinés ou colorés par du rouge de bordeaux.

EN Chine, un certain Kang-Hi fut condamné à boire en prison un thé de sa confection. Et un terme ne fut mis à ses torsions ventrales qu'en échange de sa fortune...Cette façon de traiter le mal par le mal était la préférée du Céleste Empire.

Tag(s) : #le roman de l'Histoire Serge Granjon

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