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Si on savait

Les nouveaux dieux

Tu es partie trop tard

Toutes mes nanas

Y'a que quand j'suis saoul

Trop tôt

Les bohémiens

La séparation

L'amour, ce concept dépassé

Mon petit drame

Le vent de la mer.

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Jusqu'au mois dernier, je ne connaissais Valentin Vander ni d'Éve ni d'Adam (et, Dieu merci, il me reste encore pléthore d'artistes talentueux à découvrir !) Cette heureuse trouvaille, je la dois presque simultanément à « Vinyl » et à la nouvelle revue « Hexagone ».

Mais venons-en au vif du sujet : dès l'abord, difficile de ne pas se laisser happer par cette voix le plus souvent élégante et un rien nonchalante qui n'est pas sans rappeler celle de Frédéric Bobin (voir coups de cœur anciens) de même que par la musique qui flatte l'oreille par son caractère mélodieux et qui swingue avec légèreté sur des arrangements tout en nuances de Clémence Monnier. (à une exception près : « Mon petit drame » : arrangements d'Éric Gombart, par ailleurs intervenant dans l'album en tant que guitariste ). Alors, on écoute, on réécoute et l'on s'aperçoit, au-delà du charme initial, que l'on a affaire avec Valentin Vander à un auteur de premier ordre. Bref, ce coup d'essai (enfin, pas tout à fait puisqu'il a déjà enregistré en 2012 un CD 6 titres, en principe épuisé), est un coup de maestro.

C'est du texte ouvrant l'album, « Si on savait » qu'est tiré le titre général : « L'audace ou la timidité »: qui n'aimerait lire dans les pensées d'autrui, surtout de la personne avec laquelle on entretient des relations privilégiées afin d'ajuster son comportement ? :

« Si on savait ce que l'on pense

Que d'heures économisées ?

Ce temps perdu en espérances

Ou en méfiances déguisées »...

« Si tu savais ce que je pense

Penserais-tu à te sauver ?

Ou accepterais-tu la danse que je n'ose te proposer ? ».

Pour sûr, ça simplifierait l'existence mais

« Si tout était couru d'avance

À quoi bon se courir après ? ».

D'ordinaire, j'ai plutôt des a priori lorsque le pronom « je » domine, Afficher l'image d'originecomme c'est le cas ici. Pas facile d'écrire à la première personne et d'étonner. Un tour de force que Valentin réussit pleinement. Aux antipodes d'une Christine Angot.

L'amour et le temps qui passe sont les deux thèmes majeurs de cet album et Valentin sait les habiller poétiquement et musicalement (il est compositeur exclusif, à part pour «Toutes mes nanas « , musique signée de son arrangeuse Clémence Monnier), de telle sorte qu'à aucun moment on n'a une impression de déjà entendu.

Deux chansons semblent se répondre et même se contredire : « Tu es partie trop tard » et « Trop tôt » mais ces regrets ne sont en aucune façon équivalents :

Dans le premier texte, il faut attendre l'antépénultième couplet pour comprendre qu'il ne s'agit pas d'une banale rupture ( il sait ménager ses effets, le bougre ! ) :

« Que pouvais-tu faire encore

À part prolonger ton mal

À tenter de rallumer ton corps

Sur un grand lit d'hôpital ? ».

À quoi bon, en effet, regarder, impuissant, s'éteindre irrémédiablement l'être qu'on aime ?

Dans « Trop tôt », ce sont les étreintes qui s'épuisent et recommencent pour s'achever avec l'aurore. Loin de Valentin toute vulgarité

" Le temps s'étire tout doucement

Sur un tapis de gémissements

La nuit est longue encore

Elle roule entre nos corps

Quand résonnent ces mots...Trop tôt. "

Afficher l'image d'origineet l'on est un peu surpris d'entendre dans « L'amour, ce concept dépassé » que ledit sentiment est « une merde des temps anciens ». En fait, ce n'est pas lui qui parle ainsi, ce sont les branchés d'aujourd'hui. Une démarche que je comparerais à la réponse d' Ulrich Plenzdorf, dans les années 70, à l'adresse de Goethe, dans « Les nouvelles souffrances du jeune Werther » qui nous offre un aperçu de la façon de parler et de penser qu'avaient les jeunes citoyens de RDA : en substance : au lieu de me torturer le palpitant, de me perdre dans un dédale d'états d'âme stériles, je sais bien que la Lotte, je me la serais faite sans plus de manières. Si ce n'est pas de la modernité, ça ? Ceci dit,

« L'amour, c'est la mort des amants

C'est le dernier des sentiments

C'est peut-être vrai mais voilà

Quoi que tu dises malgré moi

Je t'aime sans savoir pourquoi ».

Mais il n'est pas seulement romantique, notre chanteur, il sait également se montrer désopilant, par exemple dans « Le chat », que l'irremplaçable blogueuse Elsapopin a eu l'excellente idée de vous offrir en bas de ce coup de cœur, ce qui vous permettra d'apprécier la présence scénique de l'artiste, ou dans « Y'a que quand je suis saoul » :

« Je suis un pauvre solitaire

Un éternel célibataire

Voilà mon drame ».

Ainsi que l'indique le titre, avec quelques canons derrière la cravate, il se métamorphose : « Y'a que quand je suis pété

" Que je brille en société

Oui j'ai la cote

Quand j'ai la glotte

Dans les genoux ».

Et là, pour bien signifier que les barrières cèdent, le chant et la musique qui l'accompagne s'animent. « L'audace ou la timidité », selon que l'on est plein ou non.

Le célibataire n'est pas forcément un homme crevant de solitude ». Il peut aussi jouer les écornifleurs du sexe en allant picorer dans le nid des autres : «Toutes mes nanas, elles ont un mec » L'inconvénient : « C'est moi le plus cocu de tous ! » (« Toutes mes nanas »).

Pendant ce temps, le monde va avec son lot de morts, de guerres, de bombes : « Mon petit drame » : profession de foi individualiste ? Pas du tout, deuxième degré. Mine de rien, dans ce texte, s'il s'exprime encore à la première personne du singulier, il stigmatise, en un vers, ceux (et le diable sait s'ils sont nombreux!) qui se regardent complaisamment le nombril et ne pensent qu'à leurs petits tracas quotidiens alors qu'à Alep et ailleurs la tragédie n'en finit pas. J'ai gardé pour la fin deux textes dont Valentin n'est pas l'auteur : l'un est de Gaston Couté, l'autre de Victor Hugo. Aucun des ces deux poèmes n'est très connu, en tout cas pas ils n'étaient pas connus de moi mais je ne prétends pas posséder toute l'œuvre de Couté et encore moins celle de Hugo :

Le premier, intitulé « Les bohémiens », est encore un poème d'amour, Afficher l'image d'origineécrit dans un parler beauceron (« les mauvais gas ») : Fidèles à une réputation bien usurpée, les gens du voyage ont saccagé et dérobé à l'envi mais là n'est pas le plus grave : le narrateur a vu lui passer sous le nez la plus ravissante créature qui soit :

« Ah ! Mes bonn's gens ! J'ai bien grand'peine

J'veux qu'i's m' volent tout, les bohémiens

Mais qu'i's dis'nt à la Bohémienne

Qu'à m'rend' mon cœur qu'i y' appartient,

Ou sans ça j'mourrai d'avoir si grand' peine ».

Enfin dans « Le vent de la mer « (qui, chez Hugo, s'appelle « Une nuit qu'on entendait la mer sans la voir »), la voix et l'accompagnement vont crescendo, ma non troppo, jusqu'à l'avant-dernière strophe, puis s'apaisent complètement à la fin. Le flot est démonté, soit, mais le poète l'entend seulement à distance, relativement à l'abri. Il ne fallait donc pas sortir les grandes orgues pour mettre en notes ces 5 couplets.

Afficher l'image d'origineComme il s'agit de chansons, il convient de citer les musiciens (que l'on oublie trop souvent) : outre les noms de la compositrice Clémence Monnier (piano, glockenspiel, chœurs) et celui d'Éric Gombart, le guitariste, déjà cités, on trouve ceux de Jean-Daniel Botta (contrebasse et chœurs), Marie-Suzanne de Loye (viole de gambe), Matthieu Fernandez (clarinette), Akitsu Orii (flûte), Laurent Seriès (batterie, percussions, chœurs) et, bien sûr, celui de Valentin Vander himself, non seulement au chant mais également à la guitare.

Pour commander cet album, plusieurs possibilités : aller sur le site Coop Breizh, dans lers lieux de vente habituels (FNAC, CARREFOUR...) ou encore sur le Net : Deezer, Itunes, Spotify...). Vous ne le regretterez pas.

Tag(s) : #Les coups de coeur de pierre thevenin

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