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Si j’ai choisi ce titre, c’est uniquement pour situer l’anecdote que je vais vous narrer. Il n’est pas du tout dans mes intentions d’égratigner nos amis Belges comme cela se passe fréquemment. Ces histoires sont souvent excellentes mais elles ne perdraient rien de leur saveur si on les attribuait de temps en temps à d’autres.

Nous étions à la fin de l’été 1961, j’avais accompagné mon père à Bruxelles pour visiter une exposition internationale de machines outils.

La perspective de faire le trajet dans la Salmson m’enchantait beaucoup plus que la contemplation de tout ce matériel industriel. A 18 ans on ne se précipite pas pour aller admirer des outils.

La Salmson 2300 S était une voiture exceptionnelle, chant du cygne d’un fameux constructeur français. Il a disparu à peu près en même temps que toutes les autres marques de prestige telles que Delage, Delahaye, Hotchkiss, Talbot.

Cette dernière marque est réapparue en 1979 sur des voitures banales. Pour les jeunes, elle ne signifiait plus rien à ce moment-là. Quant aux plus anciens qui avaient autrefois rêvé en voyant les vraies, ils en souriaient doucement.

Le cheminement mérite une explication. Quand Talbot a fermé, Simca a racheté le nom. La possession s’est transmise aux acquéreurs successifs de Simca et le dernier, Peugeot, a cru bon de ressortir la marque.

Nous ne sommes pas dans une revue automobile, je ne vais pas me lancer dans des descriptions techniques détaillées sur la Salmson. Disons simplement qu’elle était donnée pour 180 à l’heure, à une époque où les premières D.S roulaient à 130 ou 135. Elle a été produite à 227 exemplaires. Comme pour toutes les automobiles des marques que j’ai citées plus haut, le volant était à droite par tradition.

Lors de ce voyage en Belgique, étant nanti du carton rose depuis quelques semaines seulement, il n’était pas question que je la conduise. J’avais passé le permis sur une 203 et mon grand-père me prêtait sa 403. J’ai pu ainsi continuer d’apprendre à conduire, car si l’examen était beaucoup plus facile à obtenir que de nos jours, la pratique demandait une amélioration par la suite.

Je me rends compte que nous avions beaucoup de chance par rapport aux jeunes d’aujourd’hui. Le coût du permis obtenu après six à sept leçons était raisonnable. Si je considère mon exemple personnel, je n’avais jamais conduit, j’ai pris mes premières leçons durant la deuxième quinzaine de juin à la fin des cours, et le 29 juillet je décrochais le carton rose. Il était rempli à la main, et lorsque je le présente pour un achat, il n’est pas rare qu’une caissière s’écrie « ça existe ? ».

A l’occasion de l’exposition universelle de 1958, toute une infrastructure était sortie de terre, et c’est dans ces bâtiments que se tenait la biennale de la machine outils.

L’Atomium trônait majestueusement et une visite s’imposait. Ne comptez pas sur moi pour vous le décrire en détails, il existe des brochures touristiques et je ne voudrais pas me livrer à une concurrence déloyale.

Une fois parvenu en haut, je scrutais le paysage puis regardais les voitures sur les parkings, vues de cette hauteur elles ressemblaient à des miniatures. Je me sentais rajeunir de quelques années et me revoyais encore gamin, admirant les Dinky Toys à la vitrine des marchands de jouets.

Je n’avais aucune peine à identifier les modèles. Ils étaient moins nombreux qu’aujourd’hui et chacun avait sa propre personnalité.

Tout à coup je crus rêver, une voiture que je connaissais parfaitement sans l’avoir vue était là, à mes pieds. Sa ligne admirable

tranchait sur les formes les plus courantes, elle resplendissait. C’était une Facellia d’un joli ton bleu marine.

Elle était la dernière née du constructeur Facel-Vega. Cette société, fondée par Jean-Clément Daninos, le frère de l’écrivain Pierre Daninos, a pris le relais des marques disparues pour produire les derniers véhicules de prestige français. La belle aventure a duré dix ans.

Il y a quelques années, j’aurais eu bien du mal à vous décrire une voiture que personne ne connaissait. Le cinéma a apporté un soutien intéressant pour vous la faire visualiser. Dans le film avec Jean Dujardin « O.S.S 117, Le Caire nid d’espions », le cabriolet bleu que l’on y voit est une Facellia.

Cependant je ne peux m’empêcher de faire une remarque, l’histoire est censée se dérouler dans les années cinquante, 1955 exactement, mais dans la réalité cette voiture est sortie en 1960. Celle que l’on y voit sur l’écran est à coup sûr un millésime 1963, reconnaissable à ses nouveaux optiques.

Les cinéphiles avertis pourront voir dans le film « Faites sauter la banque » avec Louis de Funès, la remplaçante de la Facellia, la Facel III de 1964.

A partir du moment où j’avais aperçu d’en haut ce petit bijou, je n’avais plus qu’une envie, redescendre au plus vite. L’Atomium n’allait pas changer de place, tandis que pour la voiture, rien n’était moins sûr.

Parvenu sur place, mon regard plongea tout de suite à l’intérieur pour admirer ce tableau de bord, spécifique de la marque, qui faisait penser à un avion. Je revoyais immédiatement par la pensée, une photo parue dans un magazine où l’on voyait Francis Blanche assis au volant, en admiration devant tous ces cadrans. Je pense que chaque Facelliste doit se souvenir de son premier contact avec ce poste de conduite.

Je fis plusieurs fois le tour de la voiture pour l’admirer sous tous les angles. Je me disais que c’était fantastique d’être venu en Belgique pour voir cela. Avant de la quitter je jetais un coup d’œil machinal à la plaque minéralogique, et à ma grande stupéfaction, le véhicule venait de France et était immatriculé...42 !

On dit parfois que l’on va chercher bien loin ce que l’on avait près de soi, j’en avais une illustration grandeur nature.

Le fait mérite d’être souligné, il y avait ce jour-là au bas de l’Atomium, deux voitures françaises d’une extrême rareté, et elles provenaient du même département distant de près de 900 Km.

A partir de 1966, lorsque je voulais voir une Facellia, il me suffisait d’ouvrir mon garage, la mienne était rouge. L’entreprise venait de fermer, il n’y avait pas encore de collectionneurs intéressés par ces modèles relativement récents, personne n’en voulait de peur d’avoir des ennuis, l’acquisition pouvait se faire dans de très bonnes conditions. Je l’ai gardée jusqu’en 2007, j’avais eu plusieurs propositions à ce moment- là, mais c’est moi qui ai choisi mon acquéreur sans tenir compte de l’aspect financier. Le nouveau propriétaire en possédait déjà une, et j’étais certain qu’elle serait entre de bonnes mains. Autre avantage, je peux la revoir de temps en temps.

Quant à la Salmson, mon père décida de la remplacer en 1973 après 18 années de service. Elle n’était plus très fraîche, je ne voulais pas la voir partir à la casse, j’en ai donc pris possession.

Sans entreprendre une restauration digne de ce nom, je me suis appliqué à lui redonner une meilleure allure pour pouvoir m’en servir. J’ai participé à des sorties de club, je l’ai mise parfois en exposition à la demande.

En 2012 je m’en suis séparé, mais elle restera dans la famille puisqu’elle se trouve maintenant chez ma sœur. Mon beau-frère qui est un virtuose du travail manuel a entrepris une remise en état exceptionnelle, et à ce jour elle est plus belle que neuve.

Je possédais deux voitures qui faisaient honneur à la production française, mais pendant toutes ces années passées, j’ai dû expliquer à maintes reprises, que malgré son nom et sa conduite à droite la

Salmson n’était pas une voiture anglaise. Quant à la Facellia, j’ai dû dire que sa nationalité n’avait rien d’une italienne, malgré sa consonance.

Pour en terminer avec l’automobile et la Belgique, on va évoquer la marque Rambler.

Renault entreprit de construire sous licence cette voiture américaine du groupe American Motors, en important les pièces, il réalisa en Belgique une usine de montage.

Ce modèle devait devenir le haut de la gamme sous l’appellation de Rambler-Renault.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce ne fut pas un succès commercial. La clientèle Renault n’était pas attirée par cette grosse berline, les vrais amateurs d’Américaines ne se voyaient pas avec un sigle Renault sur leur voiture.

J’avais constaté sur l’Argus, qu’aucune autre auto n’avait une décote aussi vertigineuse. Je pensais donc ne pas courir de gros risques avec l’acquisition d’une telle voiture compte tenu des prix de vente. Je me lançais donc à en acheter une, et là ce fut une agréable surprise, elle m’a emballé.

J’ai possédé d’autres Américaines compactes du même style, qui malgré une image de marque plus reluisante ne la valaient pas à mes yeux. Par comparaison, la puissance, la consommation et divers agréments étaient tout à son avantage.

J’ai dit que je ne voulais pas me moquer des Belges, au contraire je vais vous narrer une histoire qu’ils racontent sur nous Français. Si nos autoroutes ne sont pas éclairées contrairement à ce qui se fait chez eux, c’est parce que nous nous prenons tous pour des lumières.

Tag(s) : #Souvenirs de stéphanois

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