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 résumé partie 2 : Johana vit depuis trois ans parmi la communauté Rrom du camp de Clichy, un jour elle décide de témoigner sur une radio ....

 

 

IMGP1337[1]Je me sentis basculer entre deux sentiments contradictoires, rassurée et intriguée à la fois.

- Allons Johanna, enfant de Bohème, relâche donc tes muscles, tu vas finir par te les froisser, belle comme tu es, il serait dommage que tu te rides avant l'âge, gronda la vieille.

Sa voix au timbre profond, composait ce dire, sur une gamme de phonèmes mélodieux, emplis de maternité, presque chantés. je me sentis rassurée, en séurité comme si ce sentiment intime qui me chevillait au corps, à l'âme et à l’esprit, depuis ma plus tendre enfance, n’était autre que l’étrangeté d’être d’une tout autre origine, bien éloignée de celle qu'affichait mon état civil. Souvent, gamine, je faisais un rêve récurrent, imprégné d’un réalisme confondant où je me retrouvais reine des Bohémiens, transportée en grande pompe, en un mystérieux sanctuaire védique, pour y être consacrée à Vishnu. Présentement en cet état de conscience modifié, toute l’étrangeté de ce songe ancien dévoila sa raison d’être, rien d’irrationnel, simplement la révélation de se découvrir spirituellement, telle  un avatar d’une Gopi, non pas un tulku, encore moins la réincarnation, (fausse interprétation théosophiste, soit dit en passant, mais simplement la personnification d’une servante, sanctifiée par la divine présence de Seydina  Krishna.  Sainte Marie Madeleine et Sainte Marthe savent bien, ce dont je veux traduire l’incompréhensible pensée ! 

La veille Maria souriait tendrement, telle une vierge pleine de grâces. Elle me baisa le front de nouveau, en cet instant je compris ce que véhiculait le mot bénédiction. Elle se mit à susurrer à mon oreille, un mantra d’une langue qui me parut familière et étrangère à la fois.

Puis, elle  tourna mon visage vers les icônes. Les Saintes Maries me souriaient, elles étaient vivantes, le Sacré Cœur se mit à saigner. La vieille me signa le front d’un  liquide fait d’eau et de sang, qui miraculeusement, provenait de l’icône sainte.

Là,  saisie de transe, je basculais dans un de ces instants d’éternité entre ciel et terre.Te traduire ce voyage, serait comme te décrire, ce qui  fut, est et sera  en paradis. C’est tout simplement innommable, indescriptible… Peut-être en ai-je trop dit ? Que ceux qui saisissent encore la signification du mot initiation opérative, se taisent ! Et pour ce qui est de la descente aux enfers, je l’avais réalisée depuis mon plus jeune âge !

Pour conclure la description de cette ultime rencontre, à laquelle, seule une espèce de sur-conscience m’avait préparée, je me retrouvais tout emmitouflée de rêves, dans un lit, celui que tu vois là, situé à l'Est, somme toute extraordinairement confortable. Dehors le soleil était à son zénith et l’oiseau de liberté chantait encore »

- Étonnant, ton récit, certains de nos auditeurs vont tout de suite penser que tout ceci n’est qu’affabulations d’une femme en proie à de sérieux problèmes de grave psychose ! dit la journaliste , après ce récit des plus étrange, sans doute pour elle et ses semblables.

- Qu’importe ce que pensent les imbéciles !  Que ceux qui demeurent modestes et géniaux, écoutent attentivement avec leurs oreilles d’enfants, plus grand bien leur en sera prodigué ! Mais toi tu me crois ? Naturellement puisque quelque part, nous sommes sœurs, Zoé ! »

- Ma pratique et mon intuition aiguisées, me permettent de renifler n’importe quel charlatanisme ! Je suis à cœur ouvert, avec toi et les tiens et tout ouïe, Johanna continue, je t’en prie »

- Parfois la Divine Comédie, en certaines circonstances cycliques, ne trouve pas de miroirs assez purs pour se refléter dans son humaine incarnation. Pour y remédier ,le Principe, par analogie, se loge secrètement dans les replis de l’espace, là où le temps se  dérobe. Ainsi les Fidèles d’Amour assument la fonction de transmettre les petits mystères au petit reste et les grands mystères aux Amants éprouvés. Ce que la vieille Maria m’enseigna tout au long de ces trois années et plus, témoigne de la véracité transcendante, de sciences traditionnelles, sacrément vivantes, que vous autres occidentaux avez, depuis belle lurette, remisées au rayon des superstitions.

 

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- Je ne te parle pas de tous ces clichés, véhiculés par les gadjés, sur notre compte, de jeteurs de sorts, de diseuses de bonne aventure et d’adeptes de basse magie noire. Non ! Ce dont il est question là, c’est toute la portée d’une voie initiatique éprouvée, véritable, particulière à notre peuple nomade, qui l’hérita en Agartrha, par l’entremise d’un des leurs,  réalisé libéré vivant et qui l’a transmis secrètement, à ses plus proches disciples. Elle fut véhiculée par mon peuple, suivant une chaîne initiatique ininterrompue, de maîtres réalisés à disciples, pris par l’ivresse spirituelle de la Voie. Malgré les persécutions en tous genres, qu’il eut à subir depuis son exil, mon peuple l’achemine à bon port, c’est à dire à sa source primordiale. Mon clan est issu des plus hautes lignées Roms, les Sintis. Il demeure, un des seuls mandatés par le Pôle, pour une préparation du redressement de toutes choses dans son Principe.

Il est composé de douze familles initiales. Vers le 9 ème siècle de notre ère, elles émigrèrent de la province du Sind, située au Nord-Ouest de l’Inde, entre le Pendjab et le Rajasthan  où elles pratiquaient les préceptes du Ramanaya.

Mon peuple en exil rejoignit le Pakistan actuel, pour se protéger de la vindicte populaire. Des brahmanes corrompus et dégénérés les déclarèrent hors castes, ( ce qu’étaient véritablement les anciens de leur clan, puisque rendus en état de Rose Croix), malgré leurs activités d’artisans forgerons, hérités des fils de Cham.

Pour ne pas vivre en parias, ils décidèrent de prendre la route, vers le royaume de Perse et de là, ils s’égrenèrent sur toute la terre habitée. Ils s’imprégnèrent des pratiques de nombreuses autres cultures, qu’elles soient d’origine musulmane, orthodoxe, bouddhiste, catholique, mazdéenne…

Mais les anciens, plutôt les matriarcats, préservèrent et transmirent fidèlement, les fondements propres à notre tradition, parfois réactualisée par les nécessités dues à la fin du cycle du Kali Yuga. Mon propre vécu parmi eux en témoigne, sans autre détour que l’imprégnation de la vérité. Cette mission singulière, d’autres peuples orientaux la partagent, à leur propre mesure. Toute une multiplicité de voies initiatiques traditionnelles, demeure ainsi préservée, contre les assauts dévoyés de la contrefaçon, qu’occasionne la civilisation occidentale, spécifiquement anti-traditionnelle.

Ce qui doit être dit là, n’a pas pour effet de subjuguer l’auditeur, par une mise en scène de faits prodigieux, bien au contraire, mon propos se rapporte à une certaine forme de simplicité existentielle, qui n’en demeure pas moins, symbole vivant d’une tradition légitime.

Nous Sintis,ne savons que  trop ce que les prodiges peuvent receler de pures illusions !

Pourtant le Miracle, au sens propre du terme, ne nous est pas étranger !

Naturellement, le rituel de chaque acte de cette vie nomade, présuppose la signature du Mystère, mais sans jamais être détaché de son Principe.

Pour ma part j’ai beaucoup appris, plutôt reconnu comme une évidence, que même l’insignifiance d’un geste, d’une parole, chez ce peuple ostracisé ne traduit que la gratitude du Salut et la quête de la Délivrance.

Peu à peu je me suis familiarisée, au quotidien, aux rythmes de la vie nomade, j’ai expérimenté en actes et en dévotions, dans mon corps, mon âme, l’Esprit de cette culture, devenue mienne, faite de connaissances particulières, dans tous les domaines de la vie ordinaire et spirituelle.

Ce que l’homme « civilisé » à la sauce moderne exècre dans notre comportement, n’est que louange de la Grâce Divine, pour nous !

Notre propension  à vivre d’aumône et de récupération en tout genre, n’est que force de loi de la nécessité. Nous assumons pleinement notre place sacrificielle,

dans ce monde purement matérialiste et consumériste.

 

 

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Nous gardons pourtant, sous des dehors de vilenies, tout un savoir être issu de la noblesse du Cœur. La vie dans toute sa manifestation, nous est sacrée !

J’ai appris à connaître chacun de ceux qui sont devenus mon peuple, par adoption, du fond de l'âme ! Je me suis fondue dans cet héritage culturel issu du fond de l’âge d’or, de mon peuple. Sa pérégrination, millénaire, lui a permis de compulser le meilleur de la Connaissance, issu des savoir-faire et savoir-être de nombreuses civilisations traditionnelles, même disparues, à présent.

Ainsi il est le dépositaire et le garant d’une mémoire ancestrale. Nos contes racontés ou chantés sous forme de mythes, le soir à la veillée sous les auspices des trois feux rituels, en témoignent sans détour. Nos savoir-faire, en matière artisanale, se cantonnent  à la dinanderie, la sculpture, la vannerie et le dressage d’animaux, sans oublier tout un savoir de médecines traditionnelles.

L’excellence, nous la pratiquons dans la noblesse des Arts du cirque, de la musique, du chant, de la poésie, ce qui donne lieu à de merveilleux spectacles, pour le bon plaisir des petits, comme des grands.

 Le clan de la veille Maria, n’a jamais renoncé à transmettre chacune des bases nécessaires, à ces pratiques artisanales et artistiques, à qui en est digne, qu’il soit rrom  ou gadjé.Parmi les âmes du camp, certaines sont confirmées dans la beauté du chef-d’œuvre. Ils n’ont rien à envier aux pseudo-génies de l’occident, leur humilité et la couverture de l’anonymat, les protègent du vertige de l’ego.

Pour ma part, j’ai pu parfaire une certaine pratique artistique, mais je t’en parlerai plus tard. Une autre tasse de thé, Zoé ? Ou aurais-tu une petite faim, par hasard ? J’ai de merveilleux sablés à la cannelle »

- Hum ! Bon allez, pourquoi pas, au diable le régime… Mais j’aimerais que tu nous parles du quotidien, du tien et de celui de tes hôtes, si tu veux bien Johanna ? »

Craquement de biscuits…

- Tu sais Zoé, Il y a l’extérieur et l’intérieur, ce que l’on montre de mon peuple, oui mon Peuple ! Puisque le pacte sanguin, symbolique, fut scellé entre eux et moi, dès le délai de quarante jours de purifications, écoulé, après mon arrivée en Romanie.

Ce que l’on véhicule de nous, à travers les médias, n’est que de l’ordre de la manipulation de l’opinion. Un mensonge en guise de croquemitaine, servi chaud, pour les enfants flippés, de cette perte généralisée du bon sens commun!

Vous, là bas si j’y suis, savez pertinemment ce dont je veux parler. Plus sociologiquement, voir dans la lorgnette du politique, une population, quelle  qu’elle soit, maintenue en état de misère, ne peut que dériver dans des pratiques de petites délinquances et d’autodestruction. Les Roms, en Europe, sont devenus les boucs émissaires, d’une crise économique, morale et civilisationnelle. Leur normalisation demeure de se voir relégués depuis des lustres, au statut de parias de la société. Imposer des laissez-passer à des fils et filles du vent, une couillonnade issue du règne de la quantité ! Sédentarisez des nomades et vous obtenez, systématiquement les tristes résultats d’une inadaptation sociale.

Certains pouvoirs en d’autres siècles ont usé, envers nous, de l’esclavage et  de la solution finale. Le père de Maria porta jusqu’à son trépas, le matricule concentrationnaire tatoué au bras gauche, comme un bras d’honneur au nihilisme civilisationnel. Ceci ne l’empêcha aucunement de pleurer la perte des deux tiers de son clan, partis en fumée. Nous ne sommes pas de l’histoire, nous sommes les fils et filles des mythes archétypes. De plus leur imposer, après coup, des conditions de vie bardées d’injustices sociales, telles que : l’impossibilité pour les adultes d’accès au travail légal et à celui de l’école, pour les enfants, comment voulez-vous les convertir dignement, à vos diktats soi-disant républicains !

Il faut faire preuve d’une grande abnégation et de fortes capacités de résilience, pour surmonter de telles épreuves de changements, radicaux, en matière de cadre de vie culturel. Mon clan, par la grâce de Dieu, a su ne pas tomber dans les travers de la dégénérescence, il s’est préservé des affres dus à tous ces bouleversements existentiels, il s’est adapté, sans perdre le sens du Pôle.

Il faut que toutes ces choses adviennent !… Et sa plasticité lui a permis, même secrètement, de poursuivre sa tradition, le moins du monde, amoindrie, bien au contraire ! Car maîtriser, l’art de la dissimulation, peut servir à un seul, comme à une multitude.

Num-riser0070.jpgDe plus, la nécessité d’un guide structurel et spirituel demeure incontournable pour tous les peuples nomades, pour éviter les errements dans le bourbier extérieur. Mon clan a su ne pas négliger, en toutes situations, les préceptes de cet adage. 

Pour d’autres clans, ce fut une tout autre épreuve. Ils cheminèrent allègrement sur la route large des illusions de fausses promesses. Ils perdirent, peu à peu, l’esprit de Liberté qui leur était propre et tombèrent dans la déraison de ce monde, tout modernisé et contrefait. Regarde ici, pas de voitures, très peu de technologie, le strict minimum de dépendances technologiques et des savoir-faire de vie ordinaire traditionnelle, préservés, devenus extraordinaires, pour le plus grand nombre des hommes civilisés ! Rien de révolutionnaire, que du libertaire, la révolte silencieuse de l’Esprit essaime où elle veut, malgré l’adversaire.

Bien sûr nous usons d’expédients, comme la mendicité, plutôt discrète en pratique et seulement autour des  églises, pour permettre aux chrétiens, de pratiquer le plus haut de leurs commandements divins, la Charité ! Ces piécettes sonnantes et trébuchantes, dans nos escarcelles, nous permettent l’achat du strict nécessaire matériel. 

Par ailleurs, les bijoux en or massif qu’abhorrent les anciens de notre clan, ne sont que la survivance d’une coutume, celle qui permit à certains de nos ancêtres de rester libres Fils et filles du vent, par le rachat de leur liberté, lorsqu’ils étaient voués au servage, surtout en royaume de Bohème.

Num-riser0071.jpgDepuis ces temps anciens, le sang et l’or prennent une dimension sacrificielle, pour notre peuple. Le sang, c’est la valeur symbolique de notre pureté symbolique devant l’Éternel ; elle n’empêche pas, naturellement, l’option de l’adoption, dans certains cas, comme le mien par exemple ! L’or, c’est toute la symbolique solaire des trois mondes !

Grâce à notre génie de la récupération et de la transformation, nous rendons vie à toute une panoplie d’objets, tributaires de l’obsolescence programmée.

Nous n’omettons pas la pratique du troc, certains de nos amis sédentaires, profitent grandement de nos savoir-faire et les échanges sont féconds.

Nous gardons l’intelligence pratique, bien rivée au cœur ! Nous ne sommes pas les seuls à chérir ces modes de vie naturelle, qui semblent alternatifs pour le plus grand nombre. Regarde actuellement ce qui se vit, dans les campements de résistance, de notre Dame des Landes ! Peut être que la Bonne Mère, ne permettra pas que l’on salisse l’un de ses domaines, par une vulgaire pollution au kérosène ? N’est-ce pas la preuve que quoi que l’infra humain impose à la multitude, un petit reste cultivera, indéfiniment sous le soleil, la loi de l’Equilibre, même contingent !… Mais bon je m’enflamme et ceci m’écarte de ce que tu me demandes de témoigner, le quotidien »

- Tu es libre d’emprunter les chemins de traverses, Johanna !  Quoi de plus naturel, pour une nomade !

- Les journées se déroulent au camp, suivant le rythme du jour et de la nuit. Les entre-deux sont les instants les plus sacrés. Au crépuscule, silence et recueillement, à l’aube nous guettons le  lever du soleil, pour mieux le saluer. La lune, quant à elle, symbole de la Vierge, n’est pas omise dans nos célébrations nocturnes...

A suivre jeudi prochain

Tag(s) : #Hacene Bouziane - textes Libres

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